Les Galets au Tilleul sont plus petits qu’au Havre (ce qui rend la baignade bien plus agréable)

La bêtise a deux manières d’être : elle se tait ou elle parle.
Honoré de Balzac

Au cours des dernières années passées ensemble, nous avons répertorié une multitude de personnages, de situations caricaturales, de types de dialogue évoquant chacun à leur manière une certaine forme de bêtise.

À l’occasion de plusieurs résidences de recherche, en duo ou avec des interprètes invités, nous nous sommes amusés à improviser avec ce catalogue de personnages et de situations.

Une résidence au Trident à Cherbourg en décembre 2019 nous permet de rencontrer une première fois le public autour de ce travail. Nous y présentons une séquence d’une vingtaine de minutes, dans laquelle s’enchaîne une série de situations traversées par des personnages récurrents. L’enjeu est alors de mesurer notre capacité à improviser en public, notamment avec le texte.

Suite à cette restitution, nous décidons d’élargir le projet pour 4 interprètes, pour un spectacle donnant une grande place à l’improvisation, tout en s’inscrivant dans une grille de composition espace, temps et énergie très précise.

 

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Le spectacle

Ce spectacle est né d’une envie de travailler autour de la bêtise, au sens de la futilité. Ici, rien d’intéressant ne sera dit, aucune idée revendiquée, aucune prouesse réalisée, mais nous parions sur le fait qu’il existe dans la banalité une vraie richesse de sensibilité, d’humour et de poésie.

Le travail a commencé par un entraînement quotidien, consistant à improviser les différentes situations répertoriées, comme par exemple :

– Parler sans interruption en rebondissant sur son propre discours.
– Être retenu par quelqu’un qui ne cesse de parler et ne mesure pas notre désir de partir.
– Tenter de comprendre quelqu’un qui ne parvient pas à s’expliquer.
– Développer une argumentation pleine d’évidence en prenant le plus de temps possible.

Toutes ces situations constituent une série de minisprises d’otages auxquelles il est bien souvent difficile d’échapper. Nous avons imaginé ce spectacle comme une accumulation de tous ces instants, plus ou moins longs et plus ou moins signifiants, mettant en scène des personnages parlants ou pas, des écoutants, des observateurs, des victimes ou des bourreaux du quotidien.

L’enjeu de chaque scène est abordé tant du point de vue théâtral que chorégraphique. Les relations entre les personnages et les types de discours sont prédéfinis, mais dans un souci de fraîcheur et d’authenticité, le texte est improvisé. L’appui principal pour les interprètes est le corps, d’où la nécessité de travailler avec des danseurs plutôt qu’avec des comédiens. L’incarnation des personnages se fait essentiellement par ce qui les caractérise physiquement : leur tonicité, leur posture, leur humeur, le ton de leur voix, leur qualité de regard, leur conscience des autres, leur prise d’espace, etc.

Nous cherchons à convoquer chez le spectateur un regard microscopique, l’invitant à scruter les moindres expressions et regards, et à y déceler les différents états que traversent les personnages : l’agacement, l’incompréhension, la solitude, l’abnégation… Pour ce faire, nous avons souhaité rendre les éléments scénographiques le plus neutre possible. Nos seuls accessoires sont 10 chaises que nous déplaçons au gré des scènes. La lumière reste stable tout au long du spectacle, laissant ainsi au spectateur la liberté d’imaginer le contexte de chaque situation.

La bande-son est composée de longues plages de silence, de gongsnous indiquant les changements de scène, et de quelques passages musicaux. La structure rythmique de la pièce est fixe. Nous avons porté une grande attention à la durée de chaque scène, étirant parfois exagérément certaines situations, quitte à être sur le fil, à la limite de l’ennui. Nous aimons l’idée que le spectateur, témoin de ces moments de vie, devienne lui-même captif, au même titre que le personnage au plateau coincé dans une discussion fastidieuse.

Si la bêtise habite à sa manière chacun des personnages du spectacle, il ne s’agit pas pour nous d’en faire le procès, bien au contraire. Ce spectacle en serait plutôt une tendre célébration, car la bêtise n’épargne personne. Et finalement, eux, c’est nous !

PPhoto Double

 

Création les 30 juin et 1er juillet 2021 au Théâtre des Bains-Douches du Havre, dans le cadre du Festival Pharenheit, organisé par le Phare, Centre chorégraphique national du Havre Normandie

Conception : Claire Laureau et Nicolas Chaigneau
Interprétation : Julien Athonady, Nicolas Chaigneau, Claire Laureau, Marie Rual
Régie générale : Benjamin Lebrun
Création lumière : Valérie Sigward
Administration : Justine Duchemin
Musique : Johann Sebastian Bach, Guiseppe Verdi, Jacques Dutronc, Alain Lefèvre, Francis Scott Key
Durée : 1h00

Production : pjpp
Coproductions : Le Phare, Centre chorégraphique national du Havre Normandie, dans le cadre du dispositif Accueil Studio ; Le Trident, Scène nationale de Cherbourg-en-Cotentin ; CHORÈGE, CDCN de Falaise, dans le cadre du dispositif Accueil Studio ; Le Rive Gauche, Scène conventionnée d’intérêt national, Saint-Étienne-du-Rouvray
Résidences : Théâtre Jean Lurçat, Scène nationale d’Aubusson ; Théâtre de l’Arsenal, Scène conventionnée d’intérêt national, Val-de-Reuil ; Le Triangle, Cité de la Danse, Scène conventionnée d’intérêt national, Rennes ; Le Wine & Beer, Le Havre
pjpp est soutenu pour cette création par le Direction Régionale des Affaires Culturelles de Normandie, la Ville du Havre, et le Conseil Départemental de Seine-Maritime

 

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