L’échec n’entache pas la sincérité de la tentative, Paul Auster

Dernière Laure Delamotte Legrand

Dernière

Tout spectateur a déjà vécu une fois dans sa vie cette situation : Assister à un spectacle porté par des acteurs qui semblent jouer leur vie, donnant beaucoup d’énergie et de fougue à défendre un propos fort et percutant. Et malgré tous les efforts déployés sur scène, s’ennuyer.

Ce projet a pour objectif de créer la situation inverse. Rendre captivant un spectacle qui ne réussit jamais vraiment à l’être.

 

Premières pistes

Durant ces deux dernières années, nous nous sommes régulièrement retrouvés en studio, à deux ou à plusieurs, afin d’explorer de nouvelles pistes de travail. Nous avons pu observer des points communs à nos multiples tentatives : une envie de ralentir, de donner place au vide, et jouer de nos défauts et maladresses.

Notre dernière résidence en décembre 2019 au Trident, scène nationale de Cherbourg, s’est conclue par une présentation publique. Nous y avons présenté une scène de répétition volontairement ratée, dans laquelle nous avons mis en lumière certains traits qui nous caractérisent : la maladresse de Claire avec l’informatique, et la capacité de Nicolas à s’exaspérer rapidement.

La situation est simple : Nicolas souhaite présenter un solo de danse « puissant », et demande à Claire de lui lancer la musique. Rien ne se déroule comme prévu : Claire maîtrise mal les touches de l’ordinateur, ne saisit pas bien quel est le top pour lancer la musique, et au fond, n’est pas très intéressée par le solo qui se prépare. Tout prend du temps, Nicolas essaye de s’expliquer. Chaque tentative pour danser le solo échoue, et son exaspération ne fait qu’augmenter.

Pour cette scène d’une quinzaine de minutes, aucun son ne sort de notre bouche, tout s’entend. Nos dialogues ont été enregistrées, et leur diffusion nous permet de faire entendre tous les sons qu’une voix puisse produire (paroles, soupirs, cris, grommellements…), et d’appuyer ainsi le ridicule de ces personnages au plateau qui n’ouvrent pas la bouche.

 

Projections

Nous allons chercher à développer l’écriture d’un scénario de spectacle qui rate. L’enjeu sera de mettre en scène l’inintérêt et le ridicule de deux artistes peu convaincants : ils font leur maximum pour que la magie opère mais rien ne se passe comme prévu, et le spectacle devient une succession de tentatives ratées, d’accidents.

Nous voulons accorder une grande place au vide, à l’inaction, au silence, et à la gêne (ou au rire) qu’ils peuvent provoquer.

Les premières ébauches révèlent un gros travail de fabrication au niveau de la bande-son. Nous sommes curieux d’expérimenter jusqu’où nous pourrons aller sans dire un mot en direct au plateau. Nous envisageons de préenregistrer tous les sons du spectacle (dialogues, bruits de corps, adresses au public, manipulations d’objet…), même les plus anodins. Nous serons dans une sorte de playback corporel, liés en permanence à la bande-son, générant ainsi des situations cocasses, absurdes, et pourquoi pas inquiétantes.

Nous aimerions exploiter tous les espaces du théâtre (le plateau évidemment, mais également la salle, les coulisses, la régie…) et se donner la possibilité de disparaître régulièrement, en continuant à faire entendre nos voix (discussions animées en coulisses, négociations avec nos régisseurs…).

La pièce reposerait sur une trame rythmique solide, conduisant le spectateur à s’amuser de nos échecs répétés, tout en brouillant les pistes au fur et à mesure de l’avancée du spectacle.

 

Pistes d’évolutions

Nous partons d’une scène de départ très autocentrée, basée sur notre relation, nos défauts, nos maladresses, et envisageons d’élargir progressivement le focus vers des préoccupations plus larges.

Le spectacle pourrait évoluer vers une humeur étrange, inquiétante et ne pas rester uniquement sur le concept du ratage. Nous aimons envisager que cette déconfiture puisse se déployer au delà des murs du théâtre (fausse coupure électrique, bruits lointains, musique d’apocalypse…), pour mettre en parallèle la gravité de l’effondrement d’une civilisation, très présent dans les esprits de nos jours, avec la gravité très relative d’une représentation ratée. Cela nous intéresse de jouer avec les idées de collapsologie, et pourquoi pas faire évoluer le spectacle vers une ambiance « fin du monde”. On ne se refuse pas la possibilité que tout cela se finisse en drame, tout en ayant commencé de la manière la plus banale et pathétique possible.

 

Conception et interprétation : Claire Laureau et Nicolas Chaigneau
Regard extérieur : Aurore Di Bianco
Régie générale : Benjamin Lebrun
Créatrice lumière : Valérie Sigward
Créateur son : Félix Perdreau
Durée envisagée : 1 heure

Production : pjpp
Coproductions : Le Trident, Scène nationale de Cherbourg-en-Cotentin ; Le Phare, Centre chorégraphique national du Havre Normandie, dans le cadre du dispositif Accueil Studio ; CHORÈGE, CDCN de Falaise, dans le cadre du dispositif Accueil Studio ; L’ARC, Scène nationale Le Creusot ; Le Tangram, Scène nationale d’Évreux-Louviers ; Le Rive-Gauche, scène conventionnée d’intérêt national, Saint-Étienne-du-Rouvray.
Soutiens : La Direction Régionale des Affaires Culturelles de Normandie, La Région Normandie, La Ville du Havre.

 

PREMIÈRE
Le 8 novembre 2022 au Rive-Gauche, scène conventionnée de Saint-Étienne-du-Rouvray.